Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel avant de vous lancer dans l'entrepreneuriat ?
Je ne viens pas du monde de la pâtisserie. J'ai travaillé pendant plusieurs années en tant qu’agent de service pour la ville de Marseille, puis, dans le commerce, notamment chez Michael Kors, Karl Lagerfeld puis Adidas, au Village des Marques à Miramas.
En parallèle de mon activité salariée, je pâtissais déjà énormément. Avec mon mari, nous avions aménagé un laboratoire à la maison où je réalisais toutes mes commandes. Je travaillais la journée en magasin, puis je passais une bonne partie de mes nuits à préparer des gâteaux. C'était très intense, mais j'adorais ça.
Au fil des années, le bouche-à-oreille a fait son travail. Cela fait maintenant treize ans que je pâtisse. Petit à petit, une véritable clientèle fidèle de professionnels comme de particuliers s'est construite autour de mon travail.

À quel moment avez-vous décidé de faire de votre passion votre métier ?
Le véritable déclic est arrivé lorsque j'ai commencé à travailler avec un restaurant à Marseille. Je réalisais toute leur carte de desserts, qui changeait chaque mois.
Cette collaboration a rapidement pris de l'ampleur. Je travaillais toute la journée, puis je passais quasiment toutes mes nuits dans mon laboratoire. À un moment, il a fallu faire un choix. Continuer à vivre à ce rythme n'était plus possible.
J'ai donc décidé de quitter mon emploi salarié pour me consacrer entièrement à la pâtisserie. C'était une décision importante, mais je savais que je ne pouvais plus faire autrement.

Comment est née La Fatisserie ?
Au départ, je cherchais simplement un laboratoire plus grand. Travailler depuis chez moi devenait impossible.
Le partenariat avec le restaurant à Marseille s’est arrêté mais d’autres collaborations ont vu le jour notamment avec le restaurant Le Bobo au port des Heures Claires à Istres et le restaurant Odda à La Barben. Je réalise leurs desserts et nous effectuons plusieurs livraisons chaque semaine. Avec ce volume de production, il me fallait davantage d'espace, du matériel professionnel et des chambres froides de grande capacité.
C'est finalement mon mari qui m'a soufflé l'idée d'aller plus loin. Il m'a dit : « Quitte à payer un loyer, autant ouvrir une boutique. » Nous avons trouvé ce local grâce à ma belle-mère. C’était une belle opportunité.
Désormais, les particuliers peuvent eux aussi venir découvrir mes créations directement à la boutique.

Que peut-on retrouver dans votre vitrine ?
Je propose des pâtisseries très variées. On retrouve des desserts traditionnels comme les tartes, les Paris-Brest ou les entremets, mais aussi des créations plus contemporaines.
Les trompe-l'œil occupent aujourd'hui une belle place dans la boutique, même si au départ ce n’est pas ma spécialité. On retrouve par exemple ceux au citron, à la framboise ou encore à la cacahuète, qui rencontrent beaucoup de succès.
En parrallèle de la boutique, je continue aussi à réaliser des prestations événementielles pour les mariages, anniversaires, baptêmes ou autres grandes occasions.

Quelle est votre signature ? Ce que vous préférez réaliser ?
Justement, ce que je préfère, c’est la réalisation de pièces xxl. C’est avec ces créations que je peux laisser libre cours à ma créativité. Le gâteau le plus imposant que j'ai réalisé était composé de six étages, avec plusieurs parfums différents et des fruits frais à chaque niveau. C'est ce genre de projet qui me passionne le plus.
J’aime également les pâtisseries raffinées, où l’élégance se cache dans les moindres détails. Avec des textures fondantes, des crèmes onctueuses et une décoration délicate.
Concernant les trompe-l’œil, c'est assez drôle parce que cette idée ne vient pas de moi... mais de mon mari ! Au départ, ce n'était pas du tout ce qui me faisait rêver mais finalement, je me suis prise au jeu. Les trompe-l'œil permettent de travailler énormément de textures et de saveurs dans un format très compact. C'est un véritable exercice de précision.
Les retours des clients sont d'ailleurs très positifs. Ils découvrent qu'il n'y a pas simplement une mousse, mais plusieurs couches, différentes textures, du croustillant, du biscuit, des crémeux... Chaque bouchée raconte une histoire.

Quel est votre trompe-l'œil préféré ?
Sans hésiter, celui à la cacahuète. Il est composé d'une mousse cacahuète, d'un crémeux, d'un praliné, de cacahuètes entières, d'un biscuit et d'un croustillant. C'est une pâtisserie qui m'a demandé énormément de travail.
Toutes mes créations sont élaborées de A à Z. Je pars souvent de plusieurs recettes que je retravaille ensuite à ma façon jusqu'à obtenir exactement le résultat que je recherche.
L'un des points qui me tient le plus à cœur est de limiter le sucre. Je trouve qu'un excès de sucre masque complètement les saveurs. Je préfère que l'on sente réellement la cacahuète, la pistache ou le citron plutôt que le sucre.
Par exemple, dans ma pâtisserie à la pistache, j'ajoute même une pointe de fleur de sel pour révéler davantage son goût.

Comment s'est passée l'ouverture de votre boutique ?
Nous avons connu quelques grosses frayeurs jusqu'au dernier moment. Plusieurs équipements sont arrivés cassés ou avec du retard, notamment des fours et des réfrigérateurs. Heureusement, nous avons réussi à tout mettre en place à temps !
L'ouverture s'est finalement très bien passée. Nous avons accueilli énormément de visiteurs, les réseaux sociaux ont très vite relayé l'information et plusieurs articles de presse ont été publiés.
Je n'ai évidemment pas encore beaucoup de recul puisque nous avons ouvert le 1er juillet, mais les premiers retours sont très encourageants. Les clients découvrent les pâtisseries... puis ils reviennent. C'était ma plus grande interrogation, notamment avec les trompe-l'œil. Je craignais que ce soit simplement un effet de curiosité. Mais finalement, les clients reviennent pour le goût, et c'est la plus belle récompense !

Travaillez-vous seule aujourd'hui ?
Je ne pourrais plus. Une amie de la famille, Delphine, intervient déjà à mes côtés en auto-entreprise pour m'aider à gérer la charge de travail.
Mon mari est également très impliqué dans l'entreprise. Il assure notamment les livraisons auprès des restaurants et vient renforcer l'équipe à la boutique l'après-midi après sa journée de travail.
Nous réfléchissons également à recruter une personne en alternance afin de structurer davantage notre activité.

Vous avez suivi plusieurs masterclass avec Philippe Conticini. Qu'est-ce que cela vous a apporté ?
Ces masterclass étaient des cadeaux d'anniversaire. J'ai eu la chance de monter plusieurs fois à Paris pour apprendre auprès de Philippe Conticini. Ce sont des expériences extrêmement enrichissantes.
En dehors de cela, je suis essentiellement autodidacte. J'ai énormément appris en expérimentant, en regardant des vidéos, en testant, en recommençant sans cesse jusqu'à obtenir le résultat que je souhaitais. Je pense que la passion est mon plus grand moteur.

Quels sont vos projets pour les prochaines années ?
Mon objectif serait de développer plusieurs boutiques. Dans l'idéal, j'aimerais ouvrir un deuxième point de vente à Salon-de-Provence, puis un troisième à Aix-en-Provence.
À terme, j'aimerais créer un laboratoire central qui alimenterait l'ensemble des boutiques. C'est une ambition importante, mais c'est la direction dans laquelle je souhaite aller.

Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui souhaite entreprendre ?
Il faut croire en son projet et surtout être prêt à énormément travailler.
L'entrepreneuriat demande beaucoup d'investissement. Personnellement, j'ai encore du mal à dire non. Lorsqu'une commande de dernière minute arrive, je suis capable de travailler toute la nuit pour satisfaire mes clients.
C'est beaucoup de sacrifices, mais lorsqu'on exerce un métier qui nous passionne, chaque étape devient une motivation supplémentaire pour continuer à avancer.
La Fatisserie
42 avenue Charles-de-Gaulle – 13140 Miramas
06 01 53 77 92
Ouvert du mardi au samedi de 9h00 à 19h00 et le dimanche de 9h00 à 14h00.
Crédit photo : Ludivine Rambaud









