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Depuis son plus jeune âge, Bruno Duquennoy, pratique le vélo en off-road et restaure des vélos en acier. Alors, quand il découvre le métier de cadreur lors d’un stage en 2020, il décide de changer de vie professionnelle et de vivre de sa passion pour le cycle. Ingénieur des Arts et Métiers et responsable de sites industriels pendant plus de 10 ans, il prend un virage à 180°en quittant son emploi et en créant Buteo Cycles. Il renoue avec l’artisanat, le travail du métal et se rapproche de l’humain. Son objectif : concevoir et fabriquer des vélos sur mesure durables et responsables.

Quel est votre parcours professionnel ?

J’ai été formé à l’école des Arts et Métiers de Lille où j’ai obtenu un diplôme d’ingénieur généraliste avec une spécialisation dans le travail des métaux. J’ai appris à faire de la fonderie, de la forge, de l’usinage pendant mes premières années d’études. C’est à partir de là que j’ai aimé le travail du métal.

Je suis devenu responsable de sites industriels en Savoie puis à Fos-sur-Mer pour le groupe Harsco Metals et Minerals France, sous-traitant de Ascometal et Arcelor Mittal, et, spécialisé dans la sidérurgie.

Dans ma carrière professionnelle, j’ai eu beaucoup de missions liées à de la gestion de projets : réponses aux appels d’offres, démarrages de nouveaux contrats, plans d’investissements, management et restructuration d’équipes jusqu’à 120 personnes. D’autres fonctions liées à de la négociation commerciale et au marketing m’ont aussi beaucoup apporté.

J’aime depuis toujours le travail du métal et je me plaisais dans la sidérurgie. Mais après plus de dix ans de carrière dans le management et la gestion financière, mes valeurs ont évolué et je ne voulais plus travailler pour un groupe international. Ce n’était plus en adéquation avec mes projets de vie. Je souhaitais m’orienter vers un nouveau projet professionnel dans l’artisanat et plus proche des gens.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’entreprendre dans l’univers du vélo ?

Je suis passionné de vélo depuis toujours. Enfant, le vélo était pour moi un synonyme de liberté, mon moyen de déplacement pour retrouver les copains et partir à la découverte de sentiers cachés dans les champs ou les forêts. J’ai restauré pendant plusieurs années de vieux vélos pour mon entourage.

En 2020, j’ai effectué un stage chez un artisan à Roubaix pour fabriquer mon vélo sur mesure. C’est en découvrant ce métier, je me suis dit que c’était cette voie que je voulais prendre. J'y ai retrouvé mon intérêt pour la conception et mon plaisir du travail de l'acier que j'avais développé lors de mes études d'ingénieur Arts et Métiers.

Quand je suis sortie de ce stage, j’ai cherché une formation diplômante. Mais il n’en existait pas en France… Et pourtant, il faut savoir que jusque dans les années 1950, il y avait des cadreurs dans toutes les villes. L’industrie actuelle du vélo n’existait pas et les vélos étaient, la plupart du temps, conçus sur mesure à la demande du client. Progressivement, le métier a disparu. Ce n’est pas le cas dans d’autres régions du monde comme dans les pays anglo-saxons qui ont su garder ce savoir-faire.

C’est en Espagne, que j’ai suivi une formation de design et fabrication de vélo à l’ETB (l’Escuela Tecnica de la Bicicleta). J’ai pu y acquérir l’expérience et technicité pour la conception et la fabrication de vélos en acier sur mesure et en apprendre plus sur certains aspects ergonomiques.

C’est après cette formation que vous avez décidé de créer Buteo Cycles. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre concept ?

Je propose de la conception et de la fabrication de vélo sur mesure. Pour cela l’aspect humain est essentiel. Il faut que j’échange avec la personne, que j’identifie ses attentes, ses besoins et ses problématiques. Il faut également que je comprenne ses pratiques afin de confirmer ou faire évoluer ses perspectives d’utilisation. De là, nous allons pouvoir définir le type de vélo et ses éléments de géométrie. En complément, je propose de réaliser une étude posturale afin que le futur vélo soit adapté à la morphologie de la personne. Une fois que la conception du vélo est finalisée en fonction de toutes ces données, je me lance dans la production.

La fabrication du cadre du vélo se fait selon une méthodologie et des process à la fois intemporels (soudo brasure, alignement sur marbre...) et modernes (tubes en acier spéciaux et outillage de dernière génération). A partir d’un logiciel informatique, je vais rentrer les données morphologiques de la personne, ce qui va définir la géométrie de base. Cette géométrie est reproduite sur un gabarit à l’échelle 1. C’est l’étape essentielle qui va permettre de positionner, une fois coupés, les tubes d’acier du cadre dans l’espace. Une fois assemblé, le cadre sera envoyé à Mallemort pour être peint chez un artisan partenaire. Tout est possible en termes de finition, en fonction des envies et de la créativité de chacun.

Je commande toutes les pièces et accessoires (roue, selle, guidon, etc.) sélectionnés par le client chez mes fournisseurs partenaires. Je privilégie l’approvisionnement de composants français et européens. Ici aussi, il n’y a pas de limite dans la personnalisation. Une fois le vélo assemblé, je le remets en main-propre à mon atelier, à Miramas.

Quel est le budget pour un vélo sur-mesure chez Buteo et qui sont vos clients ?

En fonction de la personnalisation demandée par le client, le prix du vélo peut varier entre 3 000 € et 5 000 €. Ce sont des modèles haut de gamme qui sont conçus dans une démarche éco-responsable et je garantis le cadre à vie.

Je pratique le vélo en off-road, c’est-à-dire le VTT et le VTC et je les fabrique par affinité, parce que c’est là où je peux partager mes meilleurs conseils techniques. C’est pour cette raison que ma clientèle est plutôt de type "loisirs" : des personnes qui veulent faire l’acquisition d’un vélo sur mesure pour faire de la distance, voyager ou pratiquer de la randonné contemplative.

Mais je peux également m’adapter à d’autres usages : j’ai des demandes de vélo urbain et de vélo cargo. Avec l’essor des pistes cyclables dans les grandes villes, ce sont des perspectives de développement à envisager pour étoffer ma gamme de produits.

J’ai également de la demande sur de la fabrication de vélo électrique. Je réfléchis à une alternative à mettre en oeuvre ayant pour finalité de pouvoir électrifier tous les vélos que je produis. Il y a un véritable aspect durable et responsable dans cette démarche, qui donne du sens à mon entreprise. J’ai déjà rencontré une société française qui serait en mesure de me fournir le matériel adéquat.

Quelles est votre stratégie de communication pour développer la visibilité de votre entreprise ?

Je fais partie des « Artisans du cycle » depuis plusieurs années. C’est une association à but non lucratif qui regroupe des artisans, des professionnels et des sympathisants. Il y a de nombreux adhérents qui pratiquent « l’ultra distance » comme la « Transcontinental Race » qui est l’une des courses les plus connues. Ce sont des experts et des influenceurs dans le monde du vélo de voyage. L’objectif est de renforcer les partenariats avec eux.

Parmi les adhérents, il y a aussi le magazine « 200 », spécialisé dans la pratique contemplative du vélo, qui propose des récits de voyage à vélo et des expériences de vie. C’est une approche différente des autres médias. Ça me correspond plus en termes d’image et de communication.

Enfin, mon objectif est d’être plus présent sur le terrain lors d’évènements/manifestations et de participer à des salons. Du 27 au 29 octobre 2023, j’exposerai à « Vélo Passion » à Avignon. C’est un festival unique en PACA qui regroupe pendant trois jours l’ensemble des pratiques du cycle. Cela me permettra de rayonner localement.

Je mise aussi sur le digital. On peut retrouver Buteo Cycles sur Internet (www. buteocycles.fr) et sur les réseaux sociaux. J’ai travaillé avec une agence de communication pour la réalisation de mon logo, la création de mon site Internet et la mise en place de mes réseaux sociaux. Cet investissement porte déjà ses fruits : après avoir réalisé ma première publication sur Instagram, j’ai été contacté par trois potentiels clients !

Comment s’est passée la création de votre entreprise ? Par qui avez-vous été accompagné ?

Tout s’est fait très rapidement. D’une part, parce que le projet était déjà bien réfléchi depuis de nombreuses années, d’autre part, parce que j’étais déjà aguerri grâce à mon expérience professionnelle dans les études de financement et la réalisation de business plan.

J’ai quitté mon poste en juillet 2022. En tant que demandeur d’emploi, j’ai été suivi par Pôle Emploi qui m’a proposé des accompagnements et de la mise en réseau. C’est de cette façon, que j’ai connu Initiative Ouest Provence.

Je suis rentré dans le dispositif d’Initiative en septembre 2022 après avoir participé à une réunion d’information collective. J’ai obtenu de bons conseils de la part d’un cabinet comptable, Etang de Berre Expertise, partenaire du réseau Initiative, notamment sur le choix des statuts pour mon entreprise. J’ai pu également obtenir un prêt d’honneur création Initiative et un prêt Créa-Sol me permettant d’avoir de la trésorerie et d’investir dans l’achat de matériel.

En parallèle de la création de mon entreprise, j’ai décidé de continuer à travailler à mi-temps. J’ai eu la chance de trouver un poste d’encadrant technique dans un chantier d’insertion professionnelle spécialisé dans la réparation de vélo à Istres et à Miramas, Déclic 13. C’est un choix qui me permet de sécuriser ma vie de famille tout en développant mon entreprise. L’objectif final étant toutefois de pouvoir vivre de mon entreprise et de m’y investir à temps plein.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs entrepreneurs ?

Le premier conseil est qu’il ne faut pas hésiter à se former. Il y a un an, j’ai utilisé mon CPF pour financer une formation « création d’entreprise ». Il y a de nombreux organismes privés qui le proposent. Les porteurs de projet peuvent aussi se renseigner auprès de la chambre du commerce ou la chambre des métiers.

Le deuxième conseil est qu’il faut savoir déléguer et oser investir dès le lancement de son entreprise. Par exemple, j’avais les capacités de réaliser mon propre site internet mais j’ai préféré laisser cette mission à des experts dans ce domaine et me consacrer à d’autres tâches essentielles. C’est un investissement financier mais un gain de temps sur du long terme !

www.buteocyles.fr

Facebook : Buteo Cycles

Instagram : Buteocycles

Crédit photo : Ludivine Rambaud